mardi 28 octobre 2008

De Baltimore à Deltaville

Aujourd’hui, mardi le 28 octobre, il vente à écorner les bœufs dans la «Jackson Creek» de Deltaville (Virginie) et ce n’est rien encore, puisque des rafales de 45 nœuds (82km/hre) sont attendues cet après-midi. On ne quittera pas le bateau. On est solidement ancré avec 2 ancres à 30 degrés, même si on s’était juré de ne plus répéter cette expérience des 2 ancres (cf Cape May). Il faut dire qu’on n’est pas tout seul dans notre situation et que cette décision a été mûrement réfléchie et mieux appliquée que la première fois. Nos voisins d’ancrage, Argo (Mona et Édouard) et Alto (Donald et France) nous ont conseillé et aider à faire l’installation. Le fait qu’on s’y soit mis de jour, avant la tempête, nous assure d’une meilleure prise. Le temps est clair, le soleil brille et c’est très agréable de lire et d’écrire, une fois bien ancré. Il fait froid, mais on est bien habillé. De temps en temps, on part la chauffrette. C’est un paysage charmant et il y a plusieurs commodités (épiceries, douches, propane, diesel…) dont on profitera demain, peut-être! En attendant, on se laisse porter par la beauté du paysage et les mystérieux chants du vent.

On fera certainement une sieste en après-midi car notre sommeil nocturne est agrémenté de nombreux petits « meetings de vérification et de planification»



Petit « flash back », de Baltimore à Deltaville :

1. Retour à Annapolis
– Un problème de batterie à décharge trop rapide nous y ramène. C’est un endroit de services importants pour nous. Notre réserve de propane, de diésel et d’eau a pu s’y refaire, mais c’est surtout la vidange du réservoir sceptique qui devenait la plus grande urgence. C’est pour dire que les besoins les plus urgents ne sont pas nécessairement les plus nobles! Je vous passe les détails sur la créativité dont nous faisons preuve dans ces moments là, mais tous ceux qui ont déjà navigué savent de quoi il retourne.



2. Solomons Island
– Beaucoup de personnes nous avaient parlé de cet endroit qu’il ne fallait rater pour rien au monde. On s’y est plût, bien que nous avons été quelque peu préoccupé par la faiblesse des nouvelles batteries dont nous avions fait l’acquisition à Annapolis. Heureusement, on réussit à faire appliquer la garantie et on refait encore l’installation. Cette fois-ci est la bonne. On est en train d’apprendre beaucoup sur le système électrique de ce bateau et des limites qu’il nous impose. Nous avons eu aussi un autre petit problème sur la route qui nous mène à Solomons : le moteur a calé, en plein milieu de la Baie, vent de face. Après plusieurs essais et mille précautions, on a pu se rendre à destination. Les 2 filtres à diésel étaient tout simplement sales. Changement de filtres. Toutefois, le signal est de plus en plus clair : nous devrons pomper le fond de notre réservoir pour en retirer les résidus qui nous jouent ces sales tours. Peut-être demain? Et non, ce ne sera pas demain parce que la météo nous dit qu’un sale temps s’en vient vers mercredi. Donc, on fera route vers Tangier Island dès demain. En attendant, nous avons passé une agréable soirée avec les équipages de Zénith ( Yvon et Nicole), Absaroque (Jean-Pierre et Denise), Kai Keiki (Christine et Pierre).


3. Tangier Island – Quelle découverte surprenante que cette île isolée en plein milieu de la Baie. Petit village de pêcheurs et seulement de pêcheurs. Tous les bateaux quittent tôt le matin pour la pêche aux crabes. Dans le village, pas (ou très peu) de voitures, mais plutôt des « Go karts » de golf pour le déplacement des citoyens. Plusieurs resto de fritures, palourdes panées, "crab cake". On serait bien resté là 2 jours, d’autant plus que le très coloré Milton, le « master harbor » nous offrait de nous présenter son village, mais l’annonce météo nous incite à trouver un lieu moins exposé aux gros vents.







On fait donc route vers notre avant
dernier relais avant d’entamer notre descente vers le sud par l’intracostal, Deltaville, de l’autre côté de la Baie. La traversée fut très houleuse, avec des vents de 25 nœuds (45 km/hre) de travers et des vagues de travers aussi. Encore une fois, le système dépressionnaire arrive plus vite que prévu. Quatre heures d’une belle traversée parfois à la voile, mais pas trop longtemps à cause des vagues assez fortes qui couchent le bateau trop souvent.

Les prochains évènements d’importance : Michèle chez Francis et Marie à Bordeaux et l’anniversaire de Yann
La prochaine destination : Norfolk et le début de l’Intracostal

samedi 18 octobre 2008

Vers Baltimore

En quittant Annapolis, dimanche le 12 octobre, on a pris la direction de St-Michael, sur la rive est de la Baie de Chesapeake. Jolie ville, petite et très touristique. Or comme la saison touristique est terminée, toutes les boutiques avaient l’air déprimé, malgré l’invasion de toutes les décorations d’Halloween qui y prennent toute la place…déjà.

L’évènement particulier de cette étape, c’est que notre voisin d’ancrage était un bateau nommé « Slip Away », le même voisin d’ancrage que nous avions côtoyé, sans avoir communiqué, lors de notre douloureuse nuit de tempête à Cape May (Voir De NY à Cape May). Bien entendu, nous sommes allés les saluer et nous avons échangé ensemble sur cette fameuse nuit d’enfer. Ce couple de navigateurs est partis de Californie il y a maintenant 6 ans. Ils ont fait la côte du Pacifique jusqu’à Panama d’où ils ont traversé vers le Vénézuela et ainsi de suite. Le bateau est leur maison. Ils n’en ont pas d’autres. Ce fut, encore une fois, une belle rencontre. On a échangé aussi quelques perceptions sur la politique de nos deux pays et sur la crise économique.

Mardi le 14 octobre, on a fait route vers Chesterton, dans la rivière Chester. Nous n’y sommes resté qu’une nuit avant de repartir vers la Baie. Ancrage à Corsica River. Les canards du Québec sont venus nous y rejoindre par millier. Le tapage qu’ils font le soir au coucher du soleil m’impressionne beaucoup. On dirait une assemblée de comères qui ne se sont pas vu depuis très longtemps et qui sont toutes excitées par les potins qu’elles se racontent.

Enfin, jeudi le 16 octobre, on file vers la Baie. On se dépêche parce qu’on ne veut pas manquer le départ de la grande course de Schooners (Grands voiliers à 3 mats et plus, dont certains sont des répliques des grands vaisseaux du 19ème siècle). On arrive juste à temps dans la Baie pour les voir sortir de la rivière Patapsco (Baltimore). Il n’y a pas de vent. Ils sont au moteur pour la plupart. Ils se dirigent vers le pont d’Annapolis pour le vrai départ; la course doit se terminer à Norfolk, dans 2 jours. On ne les suivra pas.






On rentre à Baltimore et on s’ancre dans le port, près Canton.
Aujourd’hui, samedi 18 octobre, nous avons fait du vélo dans Baltimore et on compte y rester encore cette nuit. .
À bientôt...

jeudi 9 octobre 2008

Annapolis



Après une nuit merveilleusement douce à Still Pound ...










...on est arrivé, lundi le 6 octobre, du large de la Baie et là, on a vu des centaines et des centaines de voiliers qui dansaient devant la ville d’Annapolis. C’était de toute beauté. La géographie de l'endroit est faite d'une multitude de petites baies hachurées qui donnent sur la grande Baie de Chesapeake. La ville d'Annapolis étire ainsi plusieurs de ces doigts vers la mer. Nous avons pris la direction de Spa Creek qui nous avait été recommandé par d’autres navigateurs. On nous avait dit : enfoncez-vous jusqu’au fond de la crique, là où les autres bateaux ne vont pas parce qu’ils craignent de rester pris ». Allions-nous être aussi aventureux que ça? Non!!!


On avance donc, doucement, au travers d’une quantité astronomique de bateaux de toutes sortes et tout acabit. Il y en a partout sur des milles et des milles. On passe sous le pont levant et on voit tout de suite un « mooring » libre devant nous. Quelle chance! Le seul qui restait. On n’a donc pas eu besoin de s’enfoncer plus loin. On était très content, jusqu’à ce qu’on réalise que d’être si près du pont, en plein milieu du trafic maritime comportait quelques inconvénients, dont le bruit à certaines heures du jour.
C'est une petite ville charmante faite pour les bateaux et pour les navigateurs.

On y rencontre des gens de partout. Mis à part quelques québécois qui sont en route pour le sud comme nous, on a rencontré un couple de français, de Toulouse, qui sont sur leur bateau depuis 7 ans. Dans une semaine, ils rentrent au pays pour 3 mois, mais ils savent déjà qu'ils auront hâte de revenir à leur bateau qui les attendra ici à Annapolis.

On a eu un pépin le lendemain de notre arrivée : un autre bateau a fait collision avec le nôtre pendant que nous étions à terre. Le capitaine du bateau (qui n'en est pas le propriétaire) a essayé de se sauver. Nos voisins d'ancrage l'ont vu et ils ont téléphoné au maître de port qui l'a intercepté. Le maître de port nous a aussitôt téléphoné pour nous en aviser et nous sommes vite revenu au port pour avoir les faits. Il semble que le capitaine de l'autre bateau a fait une mauvaise manoeuvre, peut-être une distraction, et il a frappé notre proue avec son ancre en virant de bord. Les dommages sont mineurs : un trou de 2 pouces dans la coque, juste en avant. On a contacté le propriétaire et les choses se sont arrangées à notre satisfaction. On a fait réparer dès le lendemain, mais c’est quand même choquant et ennuyeux. Hier, nous avons vu le bateau de notre « agresseur » et il est passablement endommagé. On est surpris de n’avoir que peu de dégâts sur Raksha.

Aujourd’hui, nous irons faire du vélo dans la ville et si possible, faire une bonne épicerie. Aux ÉU les épiceries semblent être toujours en dehors de la ville, dans de monstrueux centres d’achat accessibles uniquement par des autoroutes. Tout ce qu’on trouve au centre-ville, ce sont des dépanneurs et des « deli ». On est donc contraint de faire notre épicerie en taxi la plupart du temps.

À bientôt...

vendredi 3 octobre 2008

Vers la Baie de Chesapeake

Après quelques jours sans histoire à Cape May, on quitte pour se rendre à la Baie de Chesapeake, en remontant la Baie du Delaware et ensuite le Canal C&D qui joint la Baie du Delaware à la Baie de Chesapeake. On arrête à Chesapeake City pour une nuit, mais en fait, on y restera 3 nuits. Le quai municipal est gratuit et situé au centre d’un village fort joli. Les maisons sont toutes petites et coquettes. Il n’y a rien de spécial à y faire, mais on y rencontre des gens fort intéressants. Sur la photo, Gary et Laurie de Détroit; ils naviguent 6 mois par année. Là, ils s’emploient au « Crack the Crab » avec nous.

La rencontre a été si agréable qu’on a eu envie de rester plus longtemps et profiter de leur présence. Ils sont partis ce matin pour Annapolis où nous les reverrons probablement après-demain. Nous avons quitté Chesapeake City nous aussi pour Havre de Grâce, dans le nord de la Baie de Chesapeake. En chemin, nous devions être très vigilant pour ne pas se prendre dans les bouées de pêcheurs. Il y en a une multitude dans la Baie. Les vagues étaient importantes ce matin et le vent de 20 nœuds, de face, dans un chenail assez étroit, exigeait toute notre attention. La journée était belle, mais la fraîcheur de l’automne se fait sentir.

Ici, à Havre de Grâce, une québécoise d’un bateau voisin est venue nous parler, avec son mari. Elle vit aux ÉU depuis 50 ans, elle y a élevé ses 6 enfants, et ils ont navigué un peu partout dans les Caraïbes, la côte est, jusqu’au Vénézuela, et ce depuis 30 ans. Maintenant ils font de la voile dans la Baie de Chesapeake seulement, ce qui est un immense plan d’eau. Quant on calcule tout, l’âge des enfants, le temps de navigation et d’autres recoupements qu’on pouvait faire au cours de la conversation, on pouvait situer l’âge de ce couple autour de 80 ans ou pas très loin et ils sont encore en pleine forme et plein de projets. Encore une rencontre passionnante.


À bientôt...

samedi 27 septembre 2008

La mise à l'épreuve

Dans l'après-midi de jeudi (le 24) on a la très agréable surprise de recevoir un appel de Michèle sur skype et quelques minutes plus tard, Yann nous y rejoint. On clavarde car le signal est trop faible pour la voix. Nous voici donc réuni, malgré les distances entre Marseille, Montréal et Cape May. Quel plaisir de pouvoir communiquer ainsi, malgré l'incapacité de se parler ni de se voir (le système vidéo n'est pas encore au point - quelle misère!). On veut tellement les entendre qu'on ne prend pas beaucoup de temps pour raconter notre petite aventure qui, de toute façon, est déjà derrière nous. "Tout va très bien, tout va très bien, madame la marquise..." . On règle quelques affaires domestiques et on se taquine un peu.

Quelques minutes après cette merveilleuse pause, on se rend compte que le vent forcit encore et encore. La météo nous l'avait annoncée, mais on entendait que cela concernait plus la haute mer que cette baie tout de même assez bien protégée. Le vent forcit tellement, jusqu'à des rafales de 40 noeuds, que nos ancres ne tiennent pas. On commence à glisser. Le problème, c'est qu'avec des vents de cette force et des vagues déchaînées, lever une ancre, n'est pas une mince affaire. En lever deux est un vrai dilemme. On examine la situation et on ne voit pas d'autres issus: il faut sortir les deux ancres et trouver un autre site. Il commence à faire noir. On essaie de lever une ancre, mais ça tire trop. Il faudra s'aider de la force du moteur. Pierre doit donc rester à la barre avec le moteur à pleine force pour contrer les coups de vent tout en dosant pour me laisser ramener les ancres l'une après l'autre. C'est la partie la plus délicate de l'opération car c'est par le moteur qu'on peut donner suffisamment de mou sur les cables et les chaînes pour être capable de les ramener. Le vent pousse le bateau d'un bord et ensuite de l'autre, sans relâche. Les ancres s'entremêlent, les cordages se coincent, le guindeau électrique (qui devrait tirer l'une des ancres) ne suffit pas... tire, tire, tire... tout s'échappe. On recommence encore et encore. Par quatre fois Françoise perd l'ancre. De peine et de misère, on arrive à sortir les deux ancres de l'eau et on prend le large, vers le centre de la baie. Il fait maintenant nuit, il est prêt de 10h00 et on est épuisé. On a mal partout et on est couvert de bleus, mais l'équipe est solide et sereine.

On ne voit rien. Heureusement, on sait à peu près où sont les bouées. On perçoit quelques formes de voiliers un peu plus loin, derrière le grand quai de la garde côtière, et on se dirige vers là. On repère un espace qui nous semble dégagé, et on jette les ancres encore une fois. Ça semble s'accrocher. Il le faut absolument. Ça y est! On a été mis à dure épreuve cette fois. On ne peut pas se reposer. On écoute la radio marine pour savoir ce qui se passe. On entend les Panpan (appel à l'aide de bateau en difficulté) et un mayday (appel à l'aide pour danger grave). La radio annonce que ça devrait se calmer vers 2h00am vendredi. On allume le petit foyer au gaz (système de chauffage très joli) pour se réchauffer et tenter de se sécher, et on attend. On prend notre position GPS à toutes les 10 minutes pour s'assurer qu'on ne bouge pas. Encore une fois, la rive est proche. Vers 16h00, on sent le vent qui diminue. Il est fatigué lui aussi et il veut aller voir ailleurs, plus au nord. On finit par s'endormir sur les banquettes du carré (pièce centrale du bateau).

Vendredi, 26 septembre, le vent est tombé. On se sent en convalescence. Tout ce qu'on fait, on le fait lentement, doucement, agréablement. On se laisse porter par nos courbatures. Pierre a quelques blessures, à la jambe et au bras, mais rien de grave. On inspecte le bateau. Pas de bris. Quelques grafignures qui seront faciles à réparer. Le drapeau canadien est en piteux état. Il est obligatoire d'en avoir un. Il faudra en trouver un autre. Le drapeau du Québec, en haut du mât, a tenu le coup.



Dans l'après-midi, on descend le dinghy et on part à la recherche de Cape May. C'est la première fois qu'on peut quitter Raksha depuis 5 jours. C'est une belle promenade à travers les canaux bordés de maisons, probablement des condos. On s'amarre au quai du Lobster House car il faut bien goûter le fameux Crabe chowder de Cape May.



Samedi, nouvelles promenade en dinghy pour explorer les possibilités de remplissage d'eau et de diésel. Surprise...on rencontre un couple que nous avions aidé lors de leur passage à Plattsburgh en juillet! Ils sont eux aussi en route pour les Bahamas, avec un magnifique bateau "trawler", le bateau s'appelle Christine. Ils nous invitent à prendre un café, ce que nous n'aurions pas pu refuser tant on avait besoin de partager notre expérience avec d'autres personnes. Nous sommes si peu connaissant qu'on a peine à mesurer l'importance de ce que nous avons vécu. Pour nous, ce fut terrible, mais peut-être que pour des navigateurs expérimentés, ce pourrait être banal. On veut savoir! On commence à raconter et on se rend vite compte que non seulement ce n'est pas banal, mais on était en fait dans une tempête tropicale, ou tout comme. Un autre couple de navigateurs expérimentés se joignent à nous et confirment que ce n'est pas banal et que nous avons vécu une situation très difficile que tous les navigateurs craignent. Ce qui nous rassure dans ces témoignages, c'est que c'est pas fréquent et par conséquent, ça ne nous arrivera plus. Il ne faut pas. On ne veut pas. On ne peut pas ! Cette rencontre nous a fait le plus grand bien. Maintenant, on va se reposer...



Dans cette mise à l'épreuve nous nous rendons compte que tous les cours et toute la préparation que nous avons faits depuis deux ans, l'intuition et l'instinct de survie joue un rôle important. Il y a aussi Celui à qui tous les marins s'en remette un jour ou l'autre car la mer est toujours la plus forte. Merci!


À suivre...




De New York à Cape May


Pendant notre séjour à New York, on a fait du vélo dans les magnifiques pistes cyclables qui longent la rive ouest et dans Central Park. On n’avait pas la tête aux musées tel que prévu. De très belles journées à se promener dans les différents quartiers, découvrir les nombreux marchés de rues avec toute l’animation multiculturelle qui s’y retrouve. À certains moments, on se croirait en Europe, à d’autre moment, on est au Mexique. Naturellement, en vélo, on cherche les petites rues quand on n’est pas dans les pistes cyclables. Cela nous fait découvrir toutes sortes d’architectures de maison, ce qu’on aime beaucoup.

Dimanche soir 21 septembre, on apprend qu’un système météo violent s’installe à Cape May pour remonter au nord et s’empirer à Sandy Hook, là où on prévoyait se rendre mardi ou mercredi. Changement de cap donc car on a une fenêtre de 2 jours pour se rendre à Cape May tout de suite et se mettre à l’abri avant l’arrivée du système. Si on reste ici, on y sera pris jusqu’à dimanche prochain. La décision est donc prise rapidement de partir dès 6h00 am demain matin. Dommage, on manquera Monique qu’on n’a pas réussi à voir. On espérait encore la retrouver à partir de Sandy Hook. L’urgence est donc immédiate à préparer notre route, sécuriser tout et dormir.

Lundi matin 22 septembre, départ à 6h30. On estime une vitesse de 5 nœuds, bons vents portants et courants favorables.. Ce qui nous fait une navigation, sans interruption, de 26 heures. On devra se relayer pour dormir. Le pourrons-nous, compte tenu de l’énervement que représente pour nous cette première sortie dans la vraie mer? On prévoit ainsi arriver à Cape May à un moment propice pour la marée, les vents et les courants annoncés.

On sort du port de New York sans problème, on est attentif, très attentif! À la hauteur de Sandy Hook, on prend le large, à 3 mille nautiques des côtes (5,4 km), on prend la direction sud, vers Cape May. On est très fiers de nous. On met les voiles et notre vitesse passe à 7 nœuds (13 km/hre) facilement. Les vents sont favorables, mais la vague est grosse et pas très longue, ce qui a pour effet de perturber notre voilure. C’est quand même enivrant. Les estimations sont refaites à la lumière de notre vitesse actuelle et nous pouvons prévoir notre arrivée plus tôt, aux petites heures mardi matin, i.e. 3h30 am. L’avantage est que nous serons moins fatigués, mais l’inconvénient est que nous devrons entrer de nuit dans un port que nous ne connaissons pas autrement que par les guides qu’on suit religieusement. Heureusement qu’on a les instruments et le GPS! Après vérification, on constate que c’est une bonne heure pour arriver car nous serons à un moment où la marée s’installe, moins de mouvement par conséquent.

Le vent forcit beaucoup. Des 10 à 15 nœuds annoncés, nous en sommes à 20 nœuds. On entre les voiles, pour n’en laisser qu’un peu et on remet le moteur. Le vent forcit encore, avec des coups de vent jusqu’à 25 et quelques fois 30 nœuds (55 km/hre). Ça commence à être inconfortable. Pas question de dormir. On a besoin l’un de l’autre. Ce n’est pas le vent qui est difficile, mais les vagues. On se fait ballotter comme un bouchon de liège sur l’eau. On est vraiment très content de voir comment le bateau se comporte. Il se couche parfois à 45 degré, mais on se sent vraiment en sécurité. Toutefois, c’est très exigeant. On est un peu inquiet pour l’arrivée à Cape May. Comment allons-nous entrer dans le port avec ces vagues qui frisent parfois le 10 à 15 pieds (estimation arbitraire, mais c’est définitivement plus que les 5 pieds annoncés)? La nuit en plus!

De toute façon, on ne peut pas reculer, on est dans la soupe et il n’y a qu’une chose à faire et c’est de la boire. On se relaie à la barre et à la navigation. Nos dernières estimations s’avèrent justes et précises pour ce qui est de la route, mais, de toute évidence, le système météo a pris de l’avance et nous constatons qu’il est en train de se bâtir. Malgré tout ça, on est heureux d’être là et surtout, d’y être ensemble. On se demande pourquoi on est ici, dans ce merveilleux projet. On est vraiment dedans maintenant. Qu’avons-nous fait pour mériter cette chance?

Enfin, à 20h00, lorsque la noirceur s’installe en même temps que la fatigue, on commence à être inquiet, de plus en plus inquiet. On ne se le dit pas (pas tout de suite), parce qu’on sait que l’autre a besoin d’un soutien fort et confiant. On fait une bonne équipe, surtout dans les moments où on se sent en « mode survie ».

Sur la côte (et sur les instruments) on voit les villes qui se succèdent, toujours à distance de nos 3 milles nautiques. Atlantic City qui éclaire le ciel. C’est assez impressionnant. On arrive à Cape May à l’heure prévue, pile! Les vagues sont devenues énormes et cassées. On tente une entrée à travers les balises mais il y a tant de lumières de toutes les couleurs sur la côte que c’est confondant. Encore une fois, vive la technologie! Tout à coup, un énorme tourbillon nous débalance complètement. Une vague plus grosse que les autres s’en dégage, pleine d’écume blanche. Il faut dire que c’est de toute beauté, mais notre préoccupation à ce moment là n’a rien d’esthétique, croyez-moi! Pierre est à la barre, aussi fort que le bateau lui-même, et il reprend le cap. Prendre le cap est une expression inappropriée car le vent est si fort et les vagues si impétueuses qu’on avance « en crabe ». L’adrénaline est à son maximum.

On entre dans le port et là, miracle, les vagues et le vent s’apaisent. Il fait noir, on ne voit pas bien les balises et l’aire de jeu est trop restreinte pour qu’on puisse se fier aux instruments. On réussi à repérer un espace pas trop profond pour jeter l’ancre… L’ancre jetée, juste à côté du quai de la garde côtière (peut-on être plus en sécurité?) on se chauffe une bonne soupe lipton, on ferme tout et on se couche. OUF! OUF! OUF! Il est 4h00 du matin. Demain, on ramassera tout le bordel du carré. Il y a pas mal de choses par terre avec tout ce brassage, mais rien de fragile…

On est maintenant mercredi, 24 septembre. Notre ancre tient bon, malgré les 20 à 30 nœuds persistants. Le ciel est beau. Hier, Françoise a dormi comme un bébé sur le pont, bien emmitouflée dans son duvet, avec un petit réveil juste à temps pour savourer un magnifique coucher de soleil. On se félicite d’être passé à travers cette expérience sans aucun pépin. On est vraiment très content. Pierre sort son accordéon.



On est à environ 1 kilomètre de la ville de Cape May en zodiac. On ira quand les vents baisseront car on hésite à laisser le bateau, seul à l’ancre, avec des vents pareils. En attendant, on est bien et confortable, et on arrive quand même à se brancher sur internet de temps en temps (le signal est inconstant).

Jeudi 25 septembre. À 7h00 am, les vents forcissent jusqu’à 35 nœuds (40 m/hre). Raksha chasse (i.e. l’ancre glisse). Le vieux quai et le muret de roches sont trop proches. On doit désancrer, remonter l’ancre et s’éloigner. Le vent est si fort que le bateau a de la difficulté à garder un cap. Il veut virer. On réussit à se réancrer plus loin, mais on n’est pas certain. Sur la radio, un voilier voisin (Saggitta) nous suggère de mettre une deuxième ancre. On ne l’a jamais fait, et comme tout ce qui nous arrive dans cette nouvelle vie, on va l’apprendre. La manœuvre est réussie et Raksha retrouve sa mouvante stabilité. Encore une fois, on est fier de nous, « on l’a eu ». Entre temps, un autre bateau a chassé vers nous. Il s’en est aperçu à temps et il a décidé de chercher un meilleur ancrage ailleurs.

Il y a quelque chose d’enivrant dans ce combat avec la nature. Le vent nous parle tout le temps. Il nous dit « je m’en viens et ça va être ta fête » . Quand j’entends ça, je sors à toute vitesse et je regarde les instruments pour y constater l’envolée des nœuds. Ensuite, le vent se calme, il se fatigue peut-être? Mais non, il se donne un nouvel élan pour revenir encore et encore. Les prévisions météo nous ont bien préparé et si elles se réalisent complètement, on aura un répit ce soir, avec la pluie qui viendra abattre le vent. Et la guerre sera gagnée.



À suivre… La mise à l'épreuve