Quelques minutes après cette merveilleuse pause, on se rend compte que le vent forcit encore et encore. La météo nous l'avait annoncée, mais on entendait que cela concernait plus la haute mer que cette baie tout de même assez bien protégée. Le vent forcit tellement, jusqu'à des rafales de 40 noeuds, que nos ancres ne tiennent pas. On commence à glisser. Le problème, c'est qu'avec des vents de cette force et des vagues déchaînées, lever une ancre, n'est pas une mince affaire. En lever deux est un vrai dilemme. On examine la situation et on ne voit pas d'autres issus: il faut sortir les deux ancres et trouver un autre site. Il commence à faire noir. On essaie de lever une ancre, mais ça tire trop. Il faudra s'aider de la force du moteur. Pierre doit donc rester à la barre avec le moteur à pleine force pour contrer les coups de vent tout en dosant pour me laisser ramener les ancres l'une après l'autre. C'est la partie la plus délicate de l'opération car c'est par le moteur qu'on peut donner suffisamment de mou sur les cables et les chaînes pour être capable de les ramener. Le vent pousse le bateau d'un bord et ensuite de l'autre, sans relâche. Les ancres s'entremêlent, les cordages se coincent, le guindeau électrique (qui devrait tirer l'une des ancres) ne suffit pas... tire, tire, tire... tout s'échappe. On recommence encore et encore. Par quatre fois Françoise perd l'ancre. De peine et de misère, on arrive à sortir les deux ancres de l'eau et on prend le large, vers le centre de la baie. Il fait maintenant nuit, il est prêt de 10h00 et on est épuisé. On a mal partout et on est couvert de bleus, mais l'équipe est solide et sereine.
On ne voit rien. Heureusement, on sait à peu près où sont les bouées. On perçoit quelques formes de voiliers un peu plus loin, derrière le grand quai de la garde côtière, et on se dirige vers là. On repère un espace qui nous semble dégagé, et on jette les ancres encore une fois. Ça semble s'accrocher. Il le faut absolument. Ça y est! On a été mis à dure épreuve cette fois. On ne peut pas se reposer. On écoute la radio marine pour savoir ce qui se passe. On entend les Panpan (appel à l'aide de bateau en difficulté) et un mayday (appel à l'aide pour danger grave). La radio annonce que ça devrait se calmer vers 2h00am vendredi. On allume le petit foyer au gaz (système de chauffage très joli) pour se réchauffer et tenter de se sécher, et on attend. On prend notre position GPS à toutes les 10 minutes pour s'assurer qu'on ne bouge pas. Encore une fois, la rive est proche. Vers 16h00, on sent le vent qui diminue. Il est fatigué lui aussi et il veut aller voir ailleurs, plus au nord. On finit par s'endormir sur les banquettes du carré (pièce centrale du bateau).
Vendredi, 26 septembre, le vent est tombé. On se sent en convalescence. Tout ce qu'on fait, on le fait lentement, doucement, agréablement. On se laisse porter par nos courbatures. Pierre a quelques blessures, à la jambe et au bras, mais rien de grave. On inspecte le bateau. Pas de bris. Quelques grafignures qui seront faciles à ré
parer. Le drapeau canadien est en piteux état. Il est obligatoire d'en avoir un. Il faudra en trouver un autre. Le drapeau du Québec, en haut du mât, a tenu le coup.
Dans l'après-midi, on descend le dinghy et on part à la recherche de Cape May. C'est la première fois qu'on peut quitter Raksha depuis 5 jours. C'est une belle promenade à travers les canaux bordés de maisons, probablement des condos. On s'amarre au quai du Lobster House car il faut bien goûter le fameux Crabe chowder de Cape May.
Dans l'après-midi, on descend le dinghy et on part à la recherche de Cape May. C'est la première fois qu'on peut quitter Raksha depuis 5 jours. C'est une belle promenade à travers les canaux bordés de maisons, probablement des condos. On s'amarre au quai du Lobster House car il faut bien goûter le fameux Crabe chowder de Cape May.
Samedi, nouvelles promenade en dinghy pour explorer les possibilités de remplissage d'eau et de diésel. Surprise...on rencontre un couple que nous avions aidé lors de leur passage à Plattsburgh en juillet! Ils sont eux aussi en route pour les Bahamas, avec un magnifique bateau "trawler", le bateau s'appelle Christine. Ils nous invitent à prendre un café, ce que nous n'aurions pas pu refuser tant on avait besoin de partager notre expérience avec d'autres personnes. Nous sommes si peu connaissant qu'on a peine à mesurer l'importance de ce que nous avons vécu. Pour nous, ce fut terrible, mais peut-être que pour des navigateurs expérimentés, ce pou
rrait être banal. On veut savoir! On commence à raconter et on se rend vite compte que non seulement ce n'est pas banal, mais on était en fait dans une tempête tropicale, ou tout comme. Un autre couple de navigateurs expérimentés se joignent à nous et confirment que ce n'est pas banal et que nous avons vécu une situation très difficile que tous les navigateurs craignent. Ce qui nous rassure dans ces témoignages, c'est que c'est pas fréquent et par conséquent, ça ne nous arrivera plus. Il ne faut pas. On ne veut pas. On ne peut pas ! Cette rencontre nous a fait le plus grand bien. Maintenant, on va se reposer...

Dans cette mise à l'épreuve nous nous rendons compte que tous les cours et toute la préparation que nous avons faits depuis deux ans, l'intuition et l'instinct de survie joue un rôle important. Il y a aussi Celui à qui tous les marins s'en remette un jour ou l'autre car la mer est toujours la plus forte. Merci!

Dans cette mise à l'épreuve nous nous rendons compte que tous les cours et toute la préparation que nous avons faits depuis deux ans, l'intuition et l'instinct de survie joue un rôle important. Il y a aussi Celui à qui tous les marins s'en remette un jour ou l'autre car la mer est toujours la plus forte. Merci!
À suivre...